Bonjour le printemps

Aujourd’hui, ciel bleu à Lausanne, mais les nouvelles annoncent le retour de la pluie ces prochains jours… toujours pas de répit, mais le printemps est bien là…

Voilà quelques lignes écrites par Victor Hugo, sans doute un jour de printemps, peut-être un peu plus chaud que celui-ci…

Il semble que tout rit, et que les arbres verts

Sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers.

Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ;

Le soir est plein d’amour ; la nuit, on croit entendre,

A travers l’ombre immense et sous le ciel béni,

Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini.

Nous aimerions bien que ces jours-là commencent, plus tôt que tard… Mais, ici, au bord du lac, nous restons tout de même patient…
Quand nous avons quitté Baltimore, aux États-Unis, au milieu du mois de mars, nous commencions à avoir des jours ensoleillés, chauds dès les premières heures de la matiné…

Toute la ville semblait changer de caractère… mais nous avons l’impression d’avoir fait un pas en arrière, ici, depuis que nous sommes revenus près de la frontière franco-suisse.

Ici en Europe, le climat change progressivement… lentement, peu à peu, depuis le froid de l’hiver à la chaleur de l’été… comme une longue marche…

Aux États-Unis, en tout cas sur la côte Est, le climat semble basculer du froid au chaud quasiment sans jamais marquer le pas…

Parmi les citations connues de l’auteur américain Mark Twain, vous avez ce joyau:

“Tout le monde se plaint à cause du temps qu’il fait… Mais… (bref silence)… Je n’entends pas une seule personne y proposer de solution!”

Bref, malgré tout, le temps qu’il fait est peut-être plus important qu’un grand nombre d’autres choses, pour notre vie quotidienne…

Cela n’empêche pas que nous vivons avec, à travers toutes les saisons, sans nous prendre la tête…

Encore une citation célèbre qui s’applique peut-être ici, du poète William Blake, écrit en 1790…

“Le vers qui se fait couper en deux pardonne à la charrue…”

Le lyriciste Tom Waits le reformule à sa sauce: “Le visage pardonne au miroir.”

Bref, pas la peine d’être fâché contre le temps… on s’y fait…

La vérité est qu’une grande partie des faits qui sont d’importance primordiale dans nos vies sont de cet ordre-là:

Vous ne les contrôlez pas du tout… Vous pouvez seulement vous y adapter…

Et parfois, vous avez de la chance:

Le temps est bon, même si vous n’avez rien fait pour le mériter

William Blake mettrait “l’apparence du corps dévêtu d’une femme” parmi ces types de choses.

Bref, essayez de voir le bon côté des choses… Vous serez peut-être surpris d’où cela peut mener.

Hier, nous prenions un déjeuner “en entreprise…”

Nous avons une collègue qui a travaillé de nombreuses années dans une boîte d’éditions digitales.

Cette entreprise, l’une des plus grandes en Europe, publie une grande variété de magazines de niche… comme les programmes télé, des magazines sur la finance et l’entrepreneuriat, des magazines sur la beauté, ou même sur les festivals de cinéma…

Ma réaction immédiate était de penser que cette entreprise devait être entrain de souffrir du déclin dans les médias papiers… tout comme Gibert Joseph, le fameux libraire parisien que nous avons évoqué cette semaine (son chiffre d’affaire a été coupé en deux entre 2014 et 2016).

Mais, comme nous l’a révélé notre collègue, l’inverse est vrai… Avec tous les gens qui veulent lire leurs articles de presse en ligne, cela représente un bond énorme dans les inscriptions digitales, et dans les revenus publicitaires, tout en réduisant les coûts de production.

Cette entreprise, qui est encore entre des mains privées, génère un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros annuel… dont plus du quart sont du profit!

Incroyable! Nous ne savions pas du tout que le modèle classique de journaux, ni même le modèle basé sur la vente d’espaces publicitaires en ligne, était viable.

Le groupe Gawker, auquel appartient notamment le site Buzzfeed, a fait faillite à la suite d’un procès perdu l’année dernière…

Malgré 62 millions de visiteurs mensuels, leurs profits n’étaient pas spectaculaires.

De même, nous avions lu les commentaires du PDG de Medium.com, un site web ayant environ 85 millions de visiteurs par mois…

À la suite de licenciements au sein du groupe, le PDG a expliqué que, malgré avoir triplé le nombre de visiteurs en un an, le modèle des sites financés par la pub était un “modèle cassé.”

De même, le site Huffington Post, dont vous avez peut-être entendu le nom, a généré $156 millions en chiffre d’affaire en 2015, mais pas un centime de profits.

Bref, peut-être qu’ils devraient demander les conseils de mon collègue…

Mais, après tout, les Européens ont plus de retenue…

Les marchés américains semblent prêts à tolérer des entreprises perdant, année après année, des milliards de dollars…

Qui sait si cela va continuer, mais Uber a perdu environ $3 milliards l’année dernière… Tesla perd environ $1 milliard par an…

Au total, le marché américain s’échange les actions en bourse pour un prix moyen de 25 fois leurs bénéfices… Des entreprises comme Google et Facebook commandent autour de 40 fois leurs bénéfices…

Mais en Europe, la donne est différente… Sur l’Euronext, le prix des actions est en moyenne à 14 fois leurs bénéfices.

Le CAC 40, les 40 plus grandes entreprises françaises, sont une exception… Ils s’échangent à 22 fois leurs bénéfices en moyenne.

Cela signifie que les investisseurs veulent investir dans les “gros,” évitant les entreprises petites ou moyennes, ou les entreprises dans les pays “marginaux” de l’Europe.

Selon un rapport publié par Starcapital, les marchés d’Europe de l’ouest sont chers… Le rapport prix/bénéfices en France est de 19,8… au Royaume-Uni, il est de 36… et en Suisse, il est de 24,5.

En comparaison, les pays “marginaux” de l’Europe sont bon marché: ce rapport est de seulement 5,3 en Russie, 11 en Turquie, 14 en République Tchèque, et 10 en Hongrie.

Selon Starcapital, la catégorie “pays émergents d’Europe,” principalement les pays d’Europe de l’Est, possède un rapport prix-bénéfice de seulement 8,9.

Bien sûr, cela ne signifie pas que vous devriez investir la totalité de votre épargne dans un fonds d’investissements pour les pays de l’Est ou pour la Russie.

Par contre, les chiffres sont claires: Personne ne veut investir dans les pays émergents. Tout le monde veut la “sûreté.”

Cela pourrait impliquer qu’il existe là une opportunité (plus d’informations à suivre dans une prochaine lettre).

Que faire?

Investir dans un pays émergent est quelque chose de risqué…

Regardez ce graphique publié par Google finance montrant un index des “pays émergents.”

Depuis 2008, rien:

Bref, ces chiffres peuvent demeurer attirant pendant longtemps. Ce qui veut dire, en d’autres termes, que les marchés émergents d’Europe pourraient continuer à être “bon marché,” sans jamais remonter.

Voilà pourquoi vous devez résister la tentation de mettre une trop grande partie de votre argent dans ce genre d’actif…

En attendant, par contre, le rapport prix/bénéfice en France est décidément élevé, et l’est partout en Europe de l’Ouest, comme aux États-Unis… signalant qu’il est peut-être temps pour une correction…

À suivre…

Sincèrement,

Henri Bonner

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